Thymallus Thymallus!

Les ombres sont des poissons fantastiques à pêcher à la mouche.

Toutefois, Thymallus Thymallus (le nom latin de l’Ombre) peut être déroutant pour les moucheurs car il a un comportement original, parfois curieux, fantasque voire capricieux.

Il vit le plus souvent en bandes organisées de façon grégaire, avec parfois et selon les rivières de très nombreux sujets:

  • les plus gros dans les courants les plus vifs et les plus profonds
  • les plus petits dans des zones moins oxygénées et moins nourricières.

Les ombres occupent des habitats typiques bien différents de ceux des truites avec leurs zones de frayère, de nourriture et de repos, le plus souvent localisées sur les gravières.

Les Thymallus Thymallus ne se cachent pas comme les truites et vivent dans des secteurs de pleine eau ce qui les exposent particulièrement aux carnages provoqués par les cormorans sur certaines rivières. Les ombres aiment la lumière et fuient les zones sombres et les eaux troubles.

Lorsque les ombres sont en activité, ils peuvent se déplacer de plusieurs mètres pour saisir les proies qui les intéressent avant de rejoindre, au sein du banc, leur position initiale.

Les ombres peuvent ne pas être farouches: il m’est arrivé, à plusieurs reprises, lorsque je pêchais sur la Saine en amont de Champagole, dans le Jura, d’observer des ombres qui se mettaient carrément derrière mes bottes pour se nourrir des larves qui se décollaient du fond de la rivière à chacun de mes pas. Cela fait vraiment bizarre d’essayer d’attraper des poissons, parfois de très belle taille, à quelques dizaines de centimètres de l’endroit où je me situe dans la rivière.

Les ombres se montrent très sélectifs dans le choix de leur nourriture: ils peuvent se désintéresser totalement de certains éphémères ou de certaines larves pour ne choisir que des insectes très précis à des stades tout aussi spécifiques de leur cycle.

Les moucheurs doivent absolument faire attention au dragage de leur mouche car tout comportement anormal des artificielles entraine un refus et le calage immédiat des ombres.

L’automne est la meilleure période de l’année pour pêcher les Thymallus Thymallus à la mouche, la pêche étant encore ouverte sur les rivières de deuxième catégorie dans lesquelles se trouvent un certain nombre de colonies. A cette saison, Thymalus est au meilleur de sa forme car il est fortement sensible de la température de l’eau (elle est parfaite pour lui lorsque cette dernière est < 18°). En effet, les ombres cessent de s’alimenter lorsque la température de l’eau est > 20° et se trouvent en danger à plus de 22°.

J’avoue que j’éprouve une « tendre passion »particulière pour ce poisson fabuleux, combatif, magique et magnifique qui réserve toujours des moments de plaisir intense aux moucheurs: durant sa période de reproduction, il a vraiment fière allure avec son étendard irisé dont les couleurs font penser à celles d’un arc en ciel.

Eric Le Rest.

Pour de plus amples informations sur les différents poissons qui peuvent être pêchés à la mouche, vous pouvez consulter utilement le post suivant: http://tenkaraworld.com/poissons/

 

L’odorat des poissons

Qu’on se le dise: les  poissons possèdent un odorat extrèmement développé !

Leurs fosses nasales leur permettent de détecter une proie, un danger, des congénères… et également de s’orienter.

Ainsi, il est scientifiquement prouvé que les migrateurs sont guidés vers leur rivière d’origine par les odeurs spécifiques produites par ces dernières.

Bien entendu, toutes les capacités que possèdent les poissons en la matière n’ont pas encore été découvertes au niveau scientifique mais des études pointues sont en cours.

Il est important de savoir que les insectes aquatiques émettent des odeurs, des ondes chimiques sous forme de phéromones sexuelles qui guident les éclosions et communiquent des signaux olfactifs aux truites par le biais de l’eau:

  • selon la puissance de ces signaux, elles se mettent en chasse de leurs proies.

 

  • selon l’intensité des éclosions elles se mettent à gober en fonction des insectes attendus suivant  leur odeur et leur préférence.

On se demande souvent comment les truites font pour « se passer le mot » et se mettre en activité en même temps à un moment précis: je suis persuadé que ces odeurs véhiculées dans l’eau constitue le vecteur primordial qui donne le top départ de l’activité de nos partenaires.

Bien entendu, ces signaux olfactifs sont également couplés avec les signaux visuels: les deux se complètent et doivent correspondre à la mémorisation qu’en font les poissons. En cas de différence entre ces deux signaux, les poissons éduqués se méfieront et marqueront très certainement un refus rédhibitoire.

Il existe certainement des parfums qui marquent l’eau selon les saisons, selon les moments de la journée et en fonction des éclosions: le perception olfactive de la mouche de mai doit être très différente de celle des sedges mais parfois ces odeurs peuvent se mêler selon les insectes présents sur la rivière et selon le stade des différentes éclosions.

Chaque poisson, en fonction de ses goûts et de ses habitudes alimentaires doit très certainement « faire son marché »…

C’est pour cette raison que je vous préconise de saisir le moins possible vos artificielles entre vos doigts afin de les imprégner à minima de votre odeur, surtout si vos mains sont parfumées avec le savon que vous utilisez ou sentent l’odeur de la cigarette si vous fumez.

A noter que les diverses pollutions agricoles (notamment l’utilisation des pesticides) et les métaux lourds rejetés dans les rivières détruisent les capacités olfactives des poissons et entraînent un impact négatif sur la chaîne alimentaire.

Il faut donc que nous en prenions rapidement conscience et que nous agissions pour préserver ces écosystèmes complexes si nous voulons que des poissons en pleine forme peuplent encore nos rivières, dans quelques dizaines d’années, pour le plaisir des prochaines générations !

Eric Le Rest.

Si vous êtes intéressé par les autres capacités des truites, vous pouvez également consulter utilement le post suivant: http://tenkaraworld.com/comment-les-truites-voient-elles-nos-artificielles/

 

Grosses truites

 

A la quête du Graal !

Tous les pêcheurs à la mouche rêvent de mettre à l’épuisette des poissons trophées qui alimenteront leurs songes durant le reste de leur vie.

Les grosses truites sont des poissons souvent difficiles à prendre: ils se méritent.

Pour ce faire, il convient préalablement de connaitre leurs habitudes et de viser la perfection en termes d’approche et de technique.

Comme vous le savez certainement, la croissance des truites est liée au milieu aquatique dans lequel elles grandissent:

  • dans les rivières calcaires, les truites sont beaucoup plus grosses car la nourriture est plus abondante. Une truite peut être considérée comme grosse à partir de 2 kilos. Ce sont les rivières de Bourgogne Franche Comté, de Savoie, de Provence ou des Cévennes mais également sur les Gaves et la Dordogne.

 

  • dans les rivières aux eaux acides et granitiques, les truites ont une croissance beaucoup plus lente: une truite peut donc être classifiée comme grosse à partir d’1 kilo (rivières de Bretagne ou du Massif Central, par exemple).

Les truites trophées sont à rechercher prioritairement au niveau des postes profonds et des trous d’eau importants, sous de gros blocs de pierre ou des berges creuses.  Elles ne se tiennent pas uniquement à un seul poste mais parcourent plutôt des circuits précis et routiniers parfois sur plusieurs centaines de mètres, au fond des rivières ,  jalonnés d’un certain nombre de caches.

Pour repérer ces gros poissons, il faut faire preuve de patience et, lorsqu’on a la chance d’évoluer sur des rivières aux eaux transparentes, observer régulièrement les endroits où elles se situent au cours de visites régulières, à différents moments de la journée.

Les très beaux poissons ne sont pas souvent de sortie, sont beaucoup plus sélectifs que les autres et se nourrissent souvent la nuit ou lorsque les eaux sont foncées.

Toutefois, certaines périodes sont favorables notamment durant les périodes de grandes éclosions d’éphémères (même si des truites de rêve ne montent que très rarement en surface  car elles sont plutôt carnassières en se nourrissant de congénères plus petits) ou de concentration de vairons durant les périodes de frai.

Ces truites ont de la mémoire. Si vous avez éveillé leur méfiance ou pire que vous les ratez au ferrage, vous pouvez ne plus les voir durant de nombreuses semaines voire durant tout le reste de la saison de pêche.

Il faut préciser, par ailleurs, que ces poissons sont connus des pêcheurs autochtones, qu’ils ont donc souvent été pêchés et sont donc « éduqués » à se méfier de tout ce qui peut paraître comme anormal dans leur environnement (notamment le dragage de vos artificielles).

Pour réussir à leurrer ces grosses truites, deux techniques sont, à mon sens, à privilégier:

  • la pêche au streamer, en début de saison, lorsque les eaux sont hautes et troubles et surtout tôt le matin. Si vous pêchez sur des rivières fréquentées par les saumons vous aurez peut être l’occasion d’en piquer un car ce sont généralement les mêmes postes qui sont fréquentés par les grosses truites et le roi des poissons. J’utilise des modèles de couleur sombre.

 

  • la nymphe à vue (toutes les nymphes peuvent donner de bons résultats sous réserve qu’elles soient correctement lestées afin de descendre rapidement à la bonne profondeur en fonction de la puissance du courant, là où se situent ces poissons).

Inutile de rajouter qu’il convient que le premier poser soit parfait car vous ne disposez pas vraiment de seconde chance. Inutile également de préciser qu’il serait « suicidaire » de descendre sur des nylons en dessous du 14/100 (à moins que vous aimiez vraiment les sensations fortes, le goût du risque et que vous assumiez très facilement la frustration).

En sèche et durant de rares périodes favorables, vous pouvez tenter une imitation de sedge émergent de taille moyenne mais en l’animant légèrement. Si la truite trophée prend votre imitation, ne vous précipitez pas pour ferrer car vous risqueriez de lui enlever votre artificielle de la gueule et de soigner votre « déprime » durant un bon bout de temps…

Tout est lié à une question de motivation, de moral et de confiance en soi et en son matériel (le moulinet et l’épuisette, ici indispensables, doivent être particulièrement fiables).

Eric Le Rest

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Nos partenaires privilégiés

 

A la première place des poissons, je positionne bien volontiers la truite, la déesse des pêcheurs à la mouche. La truite (Salmo trutta fario) est présente dans de très nombreuses rivières de notre pays ainsi que dans de nombreux pays du monde et plus particulièrement dans les têtes des bassins classés en 1ère catégorie. Elle se réproduit entre les mois de novembre et janvier selon les endroits. Il s’agit d’un poisson farouche mais qui accepte des mouches de toute sorte et de toute taille.

Une variété migratrice de truites descend grossir en mer et remonte chaque automne pour frayer en rivière: il s’agit de la truite de mer particulièrement intéressante pour les moucheurs.

 

Il existe aussi une variété de truites  dites « Arc en Ciel » originaires des bassins américains et asiatiques se jetant dans l’océan pacifique. Les truites arc en ciel ont été introduites en Frances, à la fin du 19ème siècle. Dans quelques rivières, on retrouve des arcs en ciel qui se sont reproduites naturellement mais la majeure partie des « arcs » sont des poissons qui ont été élevés en captivité puis lâchés dans nos rivières, le plus souvent au détriment des truites sauvages (elles peuplent également les réservoirs).

C’est pour cette raison que les moucheurs n’aiment pas trop cette espèce qui n’en demeure pas moins gobeuse et combattante. Les arcs fréquentent, bien volontiers, la pleine eau alors que les farios occupent des postes bien plus marqués.

Les ombres (Thymallus thymallus) étaient, par le passé, surtout implantés dans l’est de la France. Ce poisson a été introduit avec bonheur dans d’autres régions françaises.

L’ombre n’est pas franchement farouche. On peut même dire qu’il est d’une nature curieuse  et assez fantasque. Il lui arrive de refuser toutes les artificielles que vous lui proposez de façon impeccable et se jeter sur une mouche sans allure qui ressemble plus à un « sapin de noël » qu’à une imitation d’un insecte existant dans la nature. Thymallus thymallus est un sacré partenaire de combat.

Le saumon ou salmon solar en latin (ce qui veut dire « sauter », «bouger ») est, à mes yeux, le roi des poissons. J’ai toujours été fasciné par l’instinct qui pousse les saumons à remonter vers leur rivière natale pour s’y reproduire à leur tour. Prendre un saumon constitue le graal pour tout pêcheur en rivière,  surtout à la mouche. Cette capture vous met en état de lévitation. Le relâcher, lorsque l’on pêche en no kill, vous «rapproche très certainement du paradis». Ce saumon que vous aurez gracié afin qu’il poursuive son chemin et qu’il rejoigne son lieu de frai va très certainement alimenter vos rêves pour de nombreuses années, voire durant toute votre vie.

Rien n’arrête les saumons (sauf les barrages EDF non équipés d’échelles spécialisées ce qui est strictement anormal). Le combat avec salmo solar n’est jamais gagné d’avance… mais quelles sensations !

Soyons lucides et transparents, le Tenkara n’est pas la technique la plus appropriée pour capturer un saumon (le matériel utilisé est bien trop léger pour ne pas se le faire « exploser » dans les mains). Il convient donc, pour ce faire, d’avoir recours à un équipement spécifique dont je vous reparlerai dans un prochain post.

La pêche au Tenkara n’est pas franchement non plus appropriée pour capturer facilement les brochets (Exos lucius) quoique les plus petits exemplaires peuvent être pêchables grâce à cette technique. Par contre, avec un matériel de pêche à la mouche classique une canne pour soie de 8 à 10 et un moulinet équipé d’un frein puissant, les brochets sont passionnants à pêcher à la mouche, surtout l’été et en surface, au milieu des herbiers,  grâce à de gros streamers multicolores, des poppers ou des imitations de souris ou de grenouilles réalisées avec des poils de cervidés.

Les attaques des brochets en surface procurent une montée d’adrénaline (il faut avoir le cœur bien accroché) car on voit les carnassiers suivre le leurre sur une certaine distance avant de se jeter voracement dessus… ou pas… si ils ont flairé la supercherie et rebroussent chemin.

Pour pêcher les brochets à la mouche, les bas de ligne sont constitués d’un seul brin de 40 ou 50/100ème d’une longueur de 2 mètres prolongé d’une crinelle en acier car les dents de ce carnassier sont tranchantes. Un prochain post sera consacré à la pêche du brochet à la mouche.

 

Les bars (également appelés loups dan le sud de la France) se prennent également à la mouche (mais pas avec la technique du  Tenkara comme expliqué pour les saumons, les brochets et, ci-après, pour les black bass).

La technique de la pêche à la mouche en milieu marin est bien spécifique: elle fera également l’objet d’un exposé bien particulier dans le cadre d’une rubrique attitrée.

Idem pour la pêche à la mouche dans les mers chaudes qui repose sur une technique dont je vous parlerai ultérieurement. Les poissons recherchés sont spécifiques et très combatifs (tarpon, bonites, barracudas, …)

 

Bien entendu et de façon moins exotique, cette liste de nos partenaires ne seraient pas exhaustive, pour la pêche en eau douce, sans citer les rotengles (sur des imitations de chironomes), les gardons, les ablettes (très amusantes à pêcher car elles nécessitent des ferrages ultra rapides), les chevesnes (pas franchement aimés des moucheurs car ils pullulent dans certaines rivières et détruisent les frayères des truites. Toutefois, ils constituent des sparring-patners à ne pas totalement négliger), les perches et les black bass (qui nécessitent une pêche à la mouche spécifique via des streamers ou des poppers et qui sont des poissons qui livrent des luttes intenses très intéressantes).

Eric Le Rest

Cet article peut également vous intéresser : http://tenkaraworld.com/parcours/