Les truites sont de mieux en mieux « éduquées » !

Toutes les « vieilles mains » qui fréquentent les mêmes rivières, depuis parfois de nombreuses années, vous le diront: les truites sont de plus en plus difficiles à prendre car elles gardent en mémoire les mouches artificielles qui les ont leurrées.

Ainsi, une truite lorsqu’elle a été prise une fois à la mouche sera beaucoup plus vigilante, bien plus sélective, par rapport à tous les leurres proposés ultérieurement par les moucheurs et/ou les autres pêcheurs. Bien entendu, ce principe ne prévaut que dans la mesure où elle a été remise à l’eau avec d’infinies précautions (je fais référence ici aux pêcheurs, très souvent des moucheurs, qui pratiquent assidûment le « Cash and release » ou, en français, « Apprendre à prendre, apprendre à relâcher »).

C’est aussi pour cette raison que de nombreux pêcheurs pensent, souvent à tort, qu’il y a beaucoup moins de poissons dans les rivières, ce qui est souvent vrai à cause des pollutions diverses et variées subies par le milieu aquatique (notamment liées à l’activité agricole intensive et ses rejets de pesticides et de nitrates) mais dans des proportions nettement inférieures à celles qu’ils imaginent.

Ainsi les pêcheurs qui relâchent les poissons qu’ils capturent sont, à mes yeux, de vrais écologistes au sens noble du terme (rien à voir avec les « écologistes de salons » qui parlent beaucoup mais qui n’agissent que très rarement sur le terrain):

  • les rivières pêchées très régulièrement à la mouche voient leur densité de poissons augmenter sensiblement

 

  • la taille moyenne des truites qui sont de plus en plus difficiles à leurrer augmente également de façon importante

 

  • le nombre de géniteurs progresse et contribue donc à faire croitre le renouvellement naturel des cheptels.

Alors, dans ce contexte, comment faire pour continuer à prendre (et à relâcher) des truites de mieux en mieux éduquées ?

Comment choisir dans ses boites, parmi des centaines, voire des milliers (l’énergie créatrice des pêcheurs à la mouche qui pratiquent le Fly Tying est sans limite), LA bonne mouche ou l’artificielle miracle qui prendra des poissons de plus en plus méfiants ou considérés comme « imprenables » à cause de ce véritable phénomène d’accoutumance ?

Il existe deux écoles qui « s’affrontent » :

  • les « imitationnistes »: ces pêcheurs et monteurs de mouches artificielles souhaitent reproduire le plus parfaitement de possible (grâce aux plumes, aux poils, aux divers matériaux naturels ou synthétiques qu’ils dressent sur leurs hameçons) une catégorie d’insectes naturels et bien évidemment aux différents stades d’évolution de leur cycle de vie.

Bien entendu, ils ont le soucis extrême du détail: la couleur, la taille, la silhouette, les pattes, le thorax, l’abdomen, les cerques …

  • les adeptes des mouches d’ensemble: ils n’utilisent que quelques mouches en diverses tailles qui n’ont qu’une vague apparence avec les insectes naturels mais ils les montent avec des matériaux qui « donne vie » à leurs artificielles (par exemple le CDC). Les mouches utilisées sont surtout soignée sur la partie ventrale et non sur la partie dorsale car c’est elle qui est visible des poissons (n’oublions jamais que les truites voient nos mouches du dessous, à travers l’eau).

Le débat est ouvert depuis de nombreuses années et est loin d’être tranché… :-))

Quant à moi, je me classe clairement dans la deuxième catégorie car je refuse d’avoir sur moi des milliers de mouches artificielles (d’être transformé en une espèce de magasin ambulant d’articles de pêche), de perdre un temps précieux  face à des choix cornéliens et parce que j’ai quelques modèles fétiches qui ont prouvé leur efficacité sur des rivières différentes dans lesquels je crois (la confiance dans le matériel utilisé est ici essentielle, comme souvent dans le cadre d’activités sportives).

La solution aux deux questions posées ci-dessus repose, d’après moi, sur la notion d’apparence de vie que nous arrivons à donner à nos mouches.

Une fois mouillées, nos artificielles doivent, à mes yeux, proposer de la translucidité, une apparence naturelle et vibrionner grâce aux matériaux utilisés pour proposer un simulacre de vie.

Lors du montage de vos artificielles, il convient donc de mélanger les matériaux (dubbing naturel et fil de montage, cul de canal et poil de masque de lièvre, fil de cuivre et fourrure,…) et surtout de créer des mouches qui flottent bas sur la surface de l’eau, voire juste en dessous de la pellicule, pour imiter le stade de l’émergence des éphémères (c’est à ce stade que les truites se gavent à bon compte des éphémères pas encore totalement formés au niveau de leurs ailes et en complète mutation).

En sèche, j’utilise donc très souvent, sur les poissons éduqués, des « Oreilles de lièvre », des « Peutes » inventées par Henry BRESSON, des montages parachute, des spinners dépouillés, des mouches en CDC de plus en plus simples, « dévêtues », aérées, voire minimalistes. La beauté n’est certes pas toujours au rendez-vous mais l’important c’est surtout que ces artificielles obtiennent les suffrages des poissons et non qu’elles flattent mes yeux !

Dans le cadre d’un prochain article, je vous présenterai ces différentes mouches et leur réalisation.

Eric Le Rest.

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Modèles préférés

Tous les moucheurs possèdent, dans leurs boites, des mouches préférées sans lesquelles ils n’envisageraient pas de partir à la pêche.

Lorsque j’étais jeune (beaucoup plus jeune) et que j’étais fébrilement à la recherche des conseils avisés des « vieilles mains », je croisais régulièrement au bord des rivières de mon enfance certains de ces anciens qui cachaient systématiquement les artificielles avec lesquelles ils pêchaient. Malgré mes questions polies, ils restaient totalement silencieux en s’éloignant de quelques centaines de mètres avant de recommencer à pêcher… C’était la tradition : vous deviez faire vos preuves et monter en puissance, par vous-même !

 

Il en était de même avec  les bons coins à champignons si bien que certains endroits qui produisaient, tous les ans, une production record de cèpes, ont été perdus pour un bon nombre d’années au décès d’un certain nombre de nos ainés.

Dans Tenkaraworld.com, je vais prendre le parfait contre-pied de cette pratique éculée et désuète. A l’heure du partage, de la co-construction et des réseaux sociaux, il me paraîtrait stupide, contreproductif et totalement « has been » de ne pas divulguer, le plus largement possible, mes modèles préférés surtout qu’une des ambitions de mon blog vise à démocratiser la pêche à la mouche via la technique du Tenkara et, notamment, auprès des jeunes générations.

Je vais même chercher à faire mieux en vous expliquant, pas à pas, sur ma future chaine « Youtube », comment monter par vous-même ces artificielles incontournables à mes yeux.

Certains modèles sont bien connus car ils ont été conçus et démocratisés par des grands pêcheurs du passé (qui, eux, ont joué le jeu et ont été altruistes, parfois aussi, il faut bien l’avouer, pour des raisons mercantiles).

D’autres artificielles ont totalement été conçues par mes soins, souvent avec des matériaux « modernes » (le Fly Tying permet beaucoup d’innovations) qui leur donnent un attrait particulier et une efficacité éprouvée sur différentes rivières que j’ai pratiquées en France ou à l’étranger.

Eric Le Rest

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