Les « trois vies » d’un pêcheur à la mouche

Je souhaiterais vous parler des « trois vies » qui jalonnent l’existence d’un moucheur:

1) Lorsque le pêcheur à la mouche débute, généralement, il veut prendre le plus de poissons possibles. Il s’agit là d’une période pas forcément la plus glorieuse pour tous les pêcheurs où la graciation des poissons n’est pas assez souvent au rendez-vous. J’ai connu cette période, lorsque j’étais plus jeune: il m’est malheureusement arrivé, la mort dans l’âme, de jeter à la poubelle de très beaux poissons non consommés après quelques mois passés dans le fond de mon congélateur au lieu de les avoir laissés dans leur élément !!!

2) Le deuxième stade s’atteint, après plusieurs années de pratique : il consiste à prendre les poissons les plus gros possibles. Bien évidemment, la lutte n’est pas gagnée d’avance: ce sont les poissons trophées que l’on perd régulièrement et dont on ne se «console» jamais. On y pense, on en parle, on en rêve et on fait tout pour les retoucher un jour.

Ce deuxième stade constitue donc  le cap des records que l’on affiche fièrement sur les réseaux sociaux et dont on parle à la fin des repas de famille ou entre amis pour autant que cela intéresse quelqu’un dans votre entourage…

 

 

3) Le stade ultime consiste à prendre et, bien entendu, à relâcher en vie (sans qu’ils saignent) les poissons les plus difficiles à leurrer. Il s’agit là des poissons « éduqués », c’est à dire ceux qui :

  • ont déjà été pris une ou plusieurs fois et qui ne se laissent pas reprendre facilement
  • sont postés dans des endroits impossibles, difficilement atteignables sans une grande technicité au niveau de vos lancers. Il faut que le choix de l’artificielle (correspondant au type d’insecte dont le poisson en activité se nourrit, à sa taille, à sa couleur et à son stade d’évolution), le poser et la dérive soient parfaits. Bref, le sommet de l’art.

Et vous, à quel « stade de votre vie de pêcheur » vous situez-vous ?

Eric Le Rest

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Apprendre à prendre, apprendre à relâcher

Le « catch and release » cher aux anglos saxons veut dire, au sens littéral du terme, « attraper et relâcher ».

 

 

Le fait de relâcher, avec d’infinies précautions, le poisson que l’on vient de prendre (toujours après avoir mouillé ses mains pour éviter de lui infliger, sur ses flancs, l’équivalent de « véritables brûlures ») procure au pêcheur à la mouche, au delà d’une immense fierté et du bonheur, une forte impression d’harmonie avec la nature qui transcende le sens de la pêche: voir, recevoir et rendre.

Ainsi, il m’arrive régulièrement, lorsque je prends un poisson, de l’embrasser sur le museau et de le rejeter à l’eau après lui avoir réoxygéné les branchies pour qu’il retrouve de la vigueur… une sorte de cérémonial.

 

 

Le « catch and release » et le « no kill » permettent « d’éduquer » les poissons qui deviennent plus en plus difficiles à reprendre pour soi même, lors d’une partie de pêche ultérieure et pour les autres pêcheurs (d’après les études les plus sérieuses menées par des scientifiques, 95% des poissons qui retrouvent ainsi leur élément naturel survivent lorsqu’ils ne saignent pas). Cette « éducation » des poissons qui « y regardent ultérieurement à deux fois » contribue à la sauvegarde des géniteurs et à la préservation d’une densité honorable de truites sur certains secteurs de pêche.

De plus, le souvenir d’une belle truite ou d’un beau saumon pris et relâché forge un lien inaltérable entre le moucheur et le monde des rivières et alimente la passion.

 

 

Le Tenkara facilite le « cash and release »:

– le nombre de poissons de toute taille que l’on leurre (y compris les truitelles, tacons ou les ombrets) est beaucoup plus important qu’avec une technique classique. Ainsi, un pêcheur qui exerce ses talents toute une saison de pêche sur le même parcours pourrait « vider » une partie de la rivière s’il conservait toutes ses prises atteignant la taille légale.

 

– les hameçons utilisés pour monter les Kébaris (mouches artificielles japonaises) ne comportent pas d’ardillon et présentent des formes spécifiques qui permettent de décrocher les poissons plus facilement, sans trop les blesser (surtout qu’à la pêche à la mouche la plupart des poissons ne sont pris que par le bord des lèvres ce qui n’est absolument pas le cas pour d’autres techniques de pêche).

Eric Le Rest

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